Quand Joséphine sortait le Grand Jeu

Posté le 27 février 2009

« Aux Trois Ilets de la Martinique, un matin du règne de Louis XVI, la devineresse caraïbe f00015871.jpgEliama vit entrer deux jeunes créoles dans le taboui où elle demeurait, une case toute fleurie de bougainvillées et de jasmins, située à l’embouchure de la rivière « Croc – Souris ». La devineresse connaissait bien l’une de ses visiteuses puisqu’elle était la fille de Mr Tascher de la Pagerie, dont la plantation se trouvait toute voisine.

Elle se nommait Rose.

L’autre, sa lointaine cousine et amie de pension portait le nom d’Aimée du Buc de Riverny.  Tout en riant pour cacher leur émotion, les deux jeunes filles expliquèrent le but de leur visite : connaître leur avenir.

La caraïbe prit la main d’Aimée, la regarda, puis lui déclara :

- Tu seras Reine un jour

Quelques temps plus tard en effet, le vaisseau sur lequel s’était embarqué Aimée du Buc fut capturé par des corsaires turcs. Vendue comme esclave à Alger, la jeune fille sera offerte par le Vieux Dey au Sultan Selim III, et le Commandeur des Croyants fera d’elle sa favorite. C’est ainsi que le sultane Française, la sultane « Validé » autrement dit la première du Palais, devdifli0171.jpgiendra la mère de Mahmoud II.

Eliama contempla ensuite, la main, que tremblante, lui avait tendue Mlle de la Pagerie, puis releva la tête et la regarda éblouie :

 - tu te marieras bientôt, murmura-t-elle. Cette union ne sera point heureuse, tu deviendras veuve, et alors…

Il y eut un temps d’arrêt pendant lequel Rose sentit battre son cœur; enfin la devineresse acheva :

- Et alors tu seras plus que reine… »

Rose Tascher de la Pagerie   après un premier mariage malheureux deviendra l’Impératrice Joséphine…André Castelot, qui est l’auteur du texte ci-dessus, note que son sang coule dans les veines des plus grandes familles d’Europe.

Voici un autre extrait du livre de cet homme passionné du passé   ( et sans doute au passé trouble) , « Joséphine » , paru aux Éditions Librairie Académique Perrin.

« Il est de bon ton aussi de consulter les cartomanciennes, diseuses de bonne aventure et 2003862650011.jpgautres devineresses, que Rose, superstitieuse comme le sont les créoles, ne manque pas d’aller voir. Cela lui rappelle la Martinique.

Accompagnée de Thérésia, de Mme Hamelin, ou de Julie Talma, elle rend visite à la fameuse Mademoiselle Lenormand, 5 rue de Tournon, la maison existe toujours, qui détenait treize  manières de répondre aux questions de ses clientes : « l’examen des cadavres, l’évocation des ombres, l’apparition des spectres, l’eau réfléchie dans un miroir, les cendres jetées au vent du nord, les chandelles, le laurier, la verveine, le blanc d’œuf, les ongles, le feu, les oiseaux, un coq nourri d’un grain spécial et placé au milieu de lettres de l‘alphabet »

La diseuse de bonne aventure donna un conseil à Joséphine, pour régler ses fournisseurs : se faire entretenir.»

Qui mieux qu’un historien de renom pouvait « ouvrir » un article consacré à une des multiples facettes de Joséphine de Beauharnais : son goût prononcé pour l’ésotérisme. (pour ce qui est de l’érotisme, cela nécessiterait plus d’un article)

k03103691.jpgSi l’on en juge par la biographie de Mademoiselle Lenormand, la future impératrice n’était pas la seule à fréquenter le célèbre cabinet de voyance.

« Selon ses dires, elle aurait prédit à Marat, Robespierre et Saint-Just qu’ils mourraient de mort violente, mais l’Abbé Migne qui semble bien informé, prétend que tous ses récits ne sont qu’affabulation, écrits après coup pour les besoins de la cause. Ce qui reste établi c’est qu’elle reçut à son cabinet tous les grands révolutionnaires, qu’elle conseilla Fouché, Barras, Mme de Staël, Talleyrand et Talma, que Joséphine et Napoléon Bonaparte la consultèrent à plusieurs reprises. »

La Bio de Mademoiselle Lenormand

Comme beaucoup de parapsychologues, elle connaît quelques problèmes de trésorerie, ainsi qu’en atteste   le document   intitulé   « La voyante de Joséphine en fâcheuse posture ».

Avec Mademoiselle Lenormand, la transition est toute trouvée pour dire quelques mots, sur l’histoire d’une société connue des habitués de jeux de cartes…

Si les marques « La Ducale » ou « Le Héron » vous sont familières, vous irez sur quelques sites découvrir la piste du « Jeu » qui va de Paris à Mérignac, via Nancy.

« Baptiste Paul Grimaud fut le créateur de la fabrique de cartes à jouer qui porte son nom. Il ev2080481.jpgrachète alors l’atelier du Maître Cartier Arnould, installé depuis 1750 au 54 rue de Lancry à Paris. » Baptiste-Paul Grimaud

« En 1946, Monsieur Jean-Marie Simon crée sa marque : »La Ducale ». D’abord, il sous-traite  et puis très vite, face à une demande très importante, il investit et produit lui-même ses cartes. Il a malgré tout des difficultés à s’imposer ayant, devant lui l’importante marque « Baptiste Paul Grimaud ». Malgré cela, il progresse grâce au sérieux et à la qualité de sa production. Après une quinzaine d’année de production lorraine, il rachète la Société Grimaud et ainsi devient le numéro un de la carte à jouer avec les marques: « Grimaud et Ducale ». » planetmagie.com Rencontre Yves Weisbuch

« En 1989, la petite entreprise basée à Saint-Max frôla même le dépôt de bilan. C’est Yves Weisbuch, le père de l’actuel patron et responsable grands comptes de la société, qui la sauva en la rachetant pour un franc symbolique. Sa méthode ? Attaquer de nouveaux marchés, notamment les cartes à jouer publicitaires, fabriquées sous licence pour les grandes marques comme Vuitton ou Hermès… avec succès. Son fils Laurent se souvient encore de l’opération Marlboro : «en quatre mois, nous avons dû produire 9 millions de jeux de cartes aux couleurs de la marque. C’était la plus grosse commande qui avait jamais été faite !»

b00109811.jpgLe savoir faire-français : les cartes Grimaud

J’ai eu la chance de croiser la route d’Yves Weisbuch au printemps 1988 dans le cadre du Sofitel Pharo de Marseille. A cette époque, il préparait Le Bicentenaire de la Révolution Française, et avait fait un détour par le Musée du vieux Marseille, pour acquérir les droits de reproduction et de diffusion d’un jeu de cartes.

  • Anecdote 

Nous avions ébauché les contours d’un produit de cartomancie pour lequel il nous manquait un dessinateur. Yves Weisbuch avait avancé le nom du peintre Benn,  ce dernier ayant créé un jeu  pour une compagnie d’aviation, mais il s’était montré inquiet quant à la disponibilité de l’artiste. Benn est décédé en 1989 et ce n’est qu’en 1998 que j’appris par le plus grand des hasards qu’il faisait parti d’un cercle d’amis très proches de ma famille. Il est difficile de trouver le juste équilibre entre le stratégique secret des « affaires » et le nécessaire jeu des relations.

Il fallait le connaître !

Le musée du Vieux Marseille est né dans la mouvance du Félibrige – Ecole littéraire provençale fondée par le poète Mistral – afin de constituer, selon la volonté de ses fondateurs, le comité du Vieux Marseille, une documentation historique sur la ville de Marseille. En 1971, le dernier des cartiers marseillais, la maison Camoin s’adressait au musée pour sauvegarder sa collection. Pendant la période de prospérité de Marseille elle avait fournit des centaines de millions de jeux de cartes dans le monde entier. Musée du Vieux Marseille

A lire aussi dans L’Expansion

Les 15 patrons les plus influents par Gilles Fontaine. – 01/05/2004

« Yves Weisbuch, l’as de la carte à jouer

Sa devise : travailler sérieusement, sans jamais se prendre au sérieux. Entré à France Cartes 2005303290011.jpgcomme simple vendeur en 1962, il a gravi patiemment toutes les marches de l’entreprise, jusqu’à racheter l’affaire en 1989. Ce jour-là, il est tellement fier de sa réussite qu’il fait deux fois le tour de la place Stanislas en interpellant tous les passants pour leur annoncer la nouvelle. Aujourd’hui, Yves Weisbuch dirige la société avec sa femme et son fils Laurent, auquel il compte transmettre les commandes prochainement. Deuxième fabricant mondial de cartes à jouer, présent partout sur le globe, de Macao à Las Vegas, France Cartes réalise un chiffre d’affaires de 27,2 millions d’euros et compte 168 salariés. »

Comment faire son beurre avec Lenormand

Voici deux grands classiques de la cartomancie. 

« Grand Lenormand »

 Marie-Anne Adélaïde Lenormand, née en 1772, fut la plus grande diseuse de bonne aventure de son temps. Elle prédit la fin tragique de Marat et de Robespierre. 54 cartes et un livret trilingue vous initieront à cette méthode d’interprétation subjective selon le type planétaire. Étui carton. 54 cartes.

« Petit Lenormand »

Réplique exacte mais en miniature du grand jeu de Mademoiselle Lenormand, ce jeu de 37 cartes contient une notice bilingue expliquant les diverses figures et méthodes de consultation. D’une grande maniabilité, ce jeu initie son utilisateur au monde symbolique et divinatoire. Étui carton. 37 cartes.

Même s’il n’y paraît pas au premier abord, cet article, qui voulait avant tout présenter la façon dont s’est fait le passage de la petite histoire de France à l »économie moderne, est d’une actualité brûlante. 

La crise, d’une part, génératrice d’angoisses est le fournisseur officiel des médiums, voyants et autres chiromanciens. On consulte beaucoup de nos jours comme on le faisait sous la Révolution et l’Empire.

La success story de France Cartes, d’autre part, est un message d’espoir pour tous ceux qui souhaitent entreprendre, même si la pèriode est délicate.

Il reste à espérer que l’issue de la crise ne se trouve pas dans des cartes… d’États-majors.

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